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(1ere partie)
Problématique
Les vingt
dernières années ont été pour le marché bancaire haïtien une période
de pleine expansion, de croissance soutenue et de relative
prospérité. De cinq à six banques de droit national, au début des
années 80, on est passé à plus d’une quinzaine à la fin de la
dernière décennie. Ce secteur a su s’imprimer une certaine dynamique
grâce à meilleure définition des procédés en vigueur et une
meilleure structuration du système en général. L’adoption de
nouvelles méthodes de fonctionnement, de nouvelles stratégies de
gain de marché, la conception et la mise en place d’infrastructures
technologiques de plus en plus solides et adaptées, devant répondre
aux exigences d’automatisation d’opérations bancaires de plus en
plus importants en termes de volume, ont permis à ce milieu de
connaître un essor inestimable et de devenir l’un des plus
florissants de notre économie.
Grâce à la
mouvance générale de ce système bancaire, au dynamisme de nos
entreprises commerciales toujours mis à rude épreuve (recherche
constante de nouveaux marchés, exploration continue de nouvelles
niches) et à leur volonté de changement et d’innovation sans cesse
croissante, les banques se sont lancées dans la course aux gains de
capitaux, pour un milieu ou la concurrence est féroce et où de
nouvelles stratégies s’imposent toujours afin de pouvoir se
positionner favorablement sur l’échiquier financier. Cette
croissance de notre système bancaire depuis environ vingt ans
témoigne justement de l’efficacité des méthodes de captation
jusque là utilisées et de la justesse des choix antérieurs, mais
plus encore de la façon dont les opportunités d’hier ont été saisies.
Néanmoins,
la croissance accélérée de la demande de services bancaires, dans
les prochaines années, fera que les banques haïtiennes devront faire
face au problème épineux de la saturation des canaux traditionnels
de distribution de services bancaires. En effet, le problème de la
restriction des services dans le temps et dans l’espace nous
obligent à revoir nos stratégies de distributions de services afin
de pouvoir faire face à la concurrence tant interne qu’externe. Les
banques devront se préparer aux nouvelles donnes qui se dessinent de
façon à être encore plus compétitives dans un milieu ou les
frontières entre marchés bancaires et financiers n’existeront plus.
Les éléments qui soutenaient et alimentaient une stratégie ayant su
imprimer à ce secteur la force et l’excellence dont il a fait montre
pendant près d’une vingtaine d’années s’épuisent et doivent être
régénérées.
D’un autre
coté, les Nouvelles Technologies de l’Information et de la
Communication(NTIC) avancent à une vitesse surprenante et de
nouveaux scénarios et schémas d’organisations s’offrent aux
entreprises du monde entier de quelque taille qu’elles soient. La
plupart des grandes entreprises internationales s’approprient déjà
ses éléments de technologie de pointe et se construisent un
environnement financier de plus en plus futuriste pour rester
compétitives. Les entreprises nationales en général et nos banques
commerciales en particulier n’en seront pas épargnées et seront
amenées, tôt ou tard, à se définir un cadre financier de plus en
plus technologique et innovateur pour leur permettre de répondre aux
exigences actuelles et futures du marché. L’Internet connaît une
croissance phénoménale et le développement des Réseaux de
Communication (Standard ou Cellulaire : augmentation du nombre de
lignes téléphoniques, multiplication des réseaux de
télécommunications et de transmission de données de tout genre,
croissance des abonnés cellulaires en particulier, évolution d’une
plate-forme technique, arrivée des transmissions à haut débit :GPRS,
UMTS) est époustouflant si l’on en croit la gamme d’appareils de
plus en plus sophistiques permettant un accès rapide aux services
Internet. L’émergence en HAITI de trois opérateurs de Téléphonie
Cellulaire et le nombre de clients disposant d’un portable
téléphonique en un temps record rend compte de la relative
prospérité de ce secteur.
Cet article se propose de
démontrer que la convergence de ces deux technologies ou médias déjà
en utilisation intensive dans notre milieu ou mieux leur intégration,
peut apporter une réponse supplémentaire au problème de la
saturation des canaux naturels de distribution de services bancaires.
Cette convergence permettrait aux banques haïtiennes de concevoir et
implémenter des applications en ligne et d’entrer dans le monde du
Online Banking,
pour un accès illimité à leurs produits et services. Nous
présenterons dans cette première partie de notre article les enjeux
d’une telle initiative. Nous vous proposeront les fonctionnalités de
mise en place d’une application d’offre de service en ligne, d’un
point de vue Client et Banque, dans une seconde partie.
Les Enjeux.
La
distribution et la communication sont devenus maintenant les
principaux éléments de différenciation des banques, l’offre de
service étant quasiment identique pour des institutions qui
utilisent toutes les armes disponibles pour séduire une clientèle
sollicitée de toute part. Toutefois l’évolution technologique et le
développement de l’Internet risquent de remettre en cause cette
situation concurrentielle. S’il est source d’opportunités pour les
banques, l’Internet représente aussi une source de risques pour des
institutions qui doivent à tout prix rentabiliser leurs actifs et
leurs investissements.
L’objet de
cette partie de notre étude est d’appréhender les enjeux de
l’Internet
Banking,
pour les institutions bancaires haïtiennes dans le contexte d’une
économie de type price-taker
comme celle d’HAITI. Ces enjeux sont d’ordre stratégique, marketing
et technologique, mais aussi d’ordre économique.
Enjeux Stratégiques.
L’utilisation de L’ Internet
modifiera sous peu les relations sur le marché des services en HAITI
et particulièrement le marché des services bancaires. Ce canal peut
donc représenter un moyen privilégié d’entrée sur le marché
financier pour la banque comme pour d’autres types de fournisseurs,
en général eux aussi concurrents des banques. En ce sens, les enjeux
stratégiques sont énormes. De plus l’incidence des services en
lignes sera de deux types pour nos institutions bancaires:
Il
modifiera les relations existantes avec la Clientèle, soit en les
renforçant, soit en les détruisant.
Il fera
une réévaluation des compétences nécessaires à l’implantation de
tels canaux.
Plus
particulièrement l’importance stratégique de l’ Internet
Banking
sera liée à l’étendue et à la diversité des applications qu’il
permettra de développer. De façon générale, il nous faut rappeler
que l’Internet
ouvre le champ de la communication personnelle à une palette de
services très étendue, dans le domaine du commerce électronique, des
services bancaires et de la finance, du divertissement, de la
localisation et du guidage, de l’information instantanée à la
demande etc. De façon particulière et en ce qui a trait aux banques,
il donnera aux banques commerciales des possibilités de diffusions
de niches et un gain de Clientèle jamais connues jusque là.

L’acquisition d’une plus large audience en terme de Clients,
nécessaire à la construction de ce nouveau réseau demande une
analyse poussée de la stratégie actuelle et future à adopter.
L’avantage concurrentiel que procureront
des services bancaires en lignes
à nos banques haïtiennes dépasse la simple redéfinition de services
bancaires, et se fonde avant tout sur les moyens que cette
application devra leur fournir pour un meilleur accès à la
Clientèle(ou qu’elle se trouve) et une meilleure connaissance de
celle-ci. Conquérir et Fidéliser sa Clientèle
deviendra maintenant l’objectif majeur de toutes les institutions du
marché. Connaître le Client (désormais rendu possible par les
techniques du DATAWAREHOUSING et du DATAMINING)
deviendra pour toutes les banques une nécessite absolue afin
d’anticiper ses besoins et lui tailler des services sur mesure, en
accord et en harmonie avec ses désirs et ses goûts.
Ces moyens
devront permettre à n’importe quelle banque de mieux faire face à
deux types de concurrents:
Les autres
Banques Commerciales, pour qui Internet est AUSSI un canal de
distribution efficace pouvant réduire les coûts de services à la
clientèle.
Les
Intrants Potentiels (aussi et surtout) pour qui l’entrée sur les
marchés d’offre de services de type bancaires par ce canal
privilégié(qu’est l’Internet) est plus facile, soit parce qu’ils
disposent déjà des atouts suivants: la possession d’un Réseau,
l’accès à une audience assez substantielle et la connaissance de
cette clientèle. Ils sont assez difficiles à déterminer et à
repartir de manière rigoureuse, mais on peut, pour le marché haïtien,
regrouper ces concurrents potentiels en 3 catégories:
Les
Assurances
Les
Assurances offrent déjà une gamme très entendue de services
financiers à leurs clients en HAITI. La convergence entre les
métiers d’assureurs et de banquiers se traduit en général dans une
offre élargie de services de type bancassurance. Il est à
prévoir que les banques haïtiennes seront concurrencées par le haut,
dans moins d’une dizaine d’années, par des fusions entre
Assurances(INHASSA, GFA, SOCOMAS, CAH etc…) et Opérateurs de
Téléphonie Cellulaire (HAITEL, COMCEL, RECTEL et bientôt la TELECO)
pour offrir des services bancaires en utilisant les NTIC.
Les
Coopératives
Les
entreprises disposant déjà d’un mécanisme de Captation de l’épargne
et d’octroi de crédit du type coopératif représentent dès à présent
des concurrents sérieux pour les banques commerciales en HAITI. Les
cinq dernières années ont été témoin de cette situation et les
banques ont beaucoup souffert de cette main mise de ces institutions
sur une clientèle jusqu'alors réservée à ces dernières. Les
ressources et la force de ces entreprises résident dans leurs
relations privilégiées (meilleurs avantages en terme de rémunération
du capital) qu’elles entretiennent avec une clientèle nombreuse.
Lorsque ces coopératives seront mieux structurées, ce sera donc une
concurrence, féroce et par le bas, avec des institutions qui
adressent déjà une bonne partie du secteur formel et la majeure
partie du secteur informel en HAITI.
Les
Fournisseurs d’Accès à
Internet ou de Contenu sur Internet
L’atout
des fournisseurs d’accès à Internet réside à la fois dans la
connaissance de leur clientèle d’abonnés. Des entreprises comme ACN,
NETCOM, HAINET ou GLOBELSUD peuvent disposer d’un avantage
concurrentiel considérable s’ils décident un jour de s’associer à
des coopératives de crédit pour fournir des services de type
bancaire. Par contre d’autres types d’entreprises comme les
Fournisseurs de services de Contenu (un type de service qui
n’existent pas encore en HAITI) essayent de créer de part le monde,
des points de passage indispensables pour des internautes appelés “portails
informatiques” et proposent sur leurs sites de nombreux services
d’informations gratuits et transactionnels. Une telle tendance se
développera dans les 5 prochaines années en HAITI si les moyens de
communications dont disposent ces entreprises d’accès à Internet
s’améliorent. Les avantages de ce nouveau type de fournisseur
s’appuient sur la connaissance des utilisateurs de leurs services.
Face donc
à cette concurrence en amont et en aval, les banques devront se
positionner et savoir saisir, avant leurs concurrents potentiels,
les multiples opportunités qu’offre
l’Internet Banking
dans un milieu où le rôle traditionnel (rôle
d’intermédiation financière) de la banque est en passe d’être remis
en cause.
Enjeux Marketing
Les enjeux
marketing sont tout aussi importants. L’activité bancaire par le
truchement des nouvelles technologies de l’information et de la
Communication correspond à un mode spécifique de services qui remet
en cause les positions traditionnelles des banques. L’ Internet
Banking (fixe ou Mobile) peut
représenter un risque de banalisation de l’offre de ces entreprises
au moment même ou ces institutions ont besoin de se différencier. La
Banque sur Internet
doit tenir compte des spécificités de l’offre qui sera présenté au
client dans le cadre d’un tel projet dans le sens d’une démarche
plus intime en terme de présentation de produits, puisqu’il est
possible de connaître dans une large mesure les besoins et les
disponibilités du client. Cette analyse de l’offre est capitale dans
la mesure ou elle peut éviter à la Banque de tomber dans le piège de
la reproduction à l’identique au risque même de ternir son image. On
peut donc penser à une redéfinition qui irait dans le sens de
l’offre de services ou produits para ou extra-bancaires.
Enjeux technologiques
Les enjeux technologiques sont majeurs. Les banques
haïtiennes se sont engagées dans des investissements importants ces
dix dernières années en matière d’équipements et matériels
informatiques, de Logiciels de gestion ou traitements bancaires et
de réseaux de communication. Or les investissements nécessaires pour
l’implantation de l’Internet Banking
au sein de l’institution sont d’abord technologiques. Ils doivent
donc s’insérer dans l’existant. La Banque sur Internet doit être
intégrée au système d’information déjà implanté pour ne pas avoir à
reconstruire toute une nouvelle infrastructure technique et
fonctionnelle fondée sur Internet. Or l’informatique centralisée n’a
pas été forcément conçue dans la même optique. Il faut donc bien
penser cette intégration pour enrayer deux problèmes :
Ne pas
offrir au client de la banque le plein potentiel de ce nouveau
canal.
Déconnecter les différents systèmes d’informations de la BANQUE.
Le bon
choix technologique sera une juste mesure entre ces considérations.
L’application
d’offre de services en ligne
devra être conçue et
implémentée de façon à présenter une solution flexible en ce sens
qu’il pourra être intégré au système existant sans exiger l’érection
d’une nouvelle infrastructure
Enjeux d’ordre économiques
L’avantage
d’un tel système est surtout d’ordre économique. La banque à
distance constitue une tendance de fond, devant permettre de
répondre à de nouveaux besoins de la Clientèle. Un produit d’ Internet
Banking permet à la Banque, non
seulement de réduire ces coûts d’agences(construction des
succursales, installations de matériels de communications, entretien
du personnel des agences etc…), mais aussi d’ adresser une audience
jusque là inaccessible évoluant :
A la
province : pour les clients potentiels (grands commerçants et
industriels, professionnels des ONG et organisations internationales,
obligés de travailler en milieu rural, etc…) vivant dans ce milieu
et disposant d’un portable pour les besoins de leur entreprises ou
leur emploi.
A
l’étranger : pour les Haïtiens constituant la diaspora et qui
représentent une source de revenus importante. L’Internet Banking
permettra de répondre aux besoins de ces nouveaux clients, ce qui
constituera des recettes nettes très substantielles pour les banques
haïtiennes.
Avec des
atouts d’une telle puissance et des enjeux de cette importance, il
ne fait pas de doute que la convergence des technologies de
communication et de l’Internet exerce un pouvoir d’attraction
considérable sur les différents acteurs en présence(Banque,
Institutions Financières, Opérateurs Télécoms, Coopératives etc.)
qui engagent un repositionnement stratégique sur une chaîne de
valeurs en profonde mutation. Mais pour les institutions bancaires,
il y a un certain nombre d’interrogations qui doivent être soulevées
contenu du rôle de ces institutions et du caractère des services
qu’elles délivrent à la Clientèle. Ces interrogations feront l’objet
de notre prochain article.
Ricardo
GERVAIS
Ingénieur EM.
DESS en Informatique.
Fiche
technique de l’auteur de l’article :
Ricardo GERVAIS est un écrivain libre(freelance writer)
sur des sujets techniques. Ingénieur Electromécanicien de
formation, il évolue dans le domaine de l’informatique depuis
neuf ans comme programmeur, et s’intéresse depuis près de 3 ans,
après l’acquisition d’un DESS en Informatique, au développement
d’applications WEB centrées Bases de Données et Multimédia. Il
travaille présentement dans une institution financière, comme
Responsable de l’Unité Recherches et Développement, au
département d’Informatique et de Technologie.
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